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Qu’est ce que l’intelligence

17 Mars 2019   (1818 mots)

Intelligence. Ce mot est partout, utilisé à toutes les sauces. Nos enfants sont qualifiés d’« intelligents » s’ils réussissent à l’école. Les capacités de calcul mental de notre voisin éveillent notre admiration. Nous espérons tous être, un minimum, intelligents, et certains surestiment leurs propres capacités cognitives.

Néanmoins, lorsqu’il s’agit de déterminer ce qu’est l’intelligence, c’est tout de suite sensiblement plus compliqué. Disons-le tout de go : il n’existe pas de manière unique, uniformément admise de définir l’intelligence.

Quelques définitions usuelles de l’intelligence

Bien sûr, l’on pourrait partir du dictionnaire. L’intelligence y est définie comme (Larousse) l’« ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle », mais aussi l’« aptitude d’un être humain à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action et fonction des circonstances ». 

Ces définitions donnent des premières pistes : tout d’abord, l’intelligence est une fonction mentale, une fonction cognitive, de notre cerveau. Son matériau est aussi une abstraction, une connaissance conceptuelle et rationnelle. Mais elle décrit aussi une capacité à agir, à résoudre des problèmes.

Intuitivement, ma propre définition de l’intelligence était, il y a 20 ans, la « capacité à faire des liens », à discerner des motifs, des répétitions, des logiques là où on n’en aperçoit pas forcément au premier coup d’œil. Une manière habituelle dont on qualifie quelqu’un d’intelligent est aussi qu’il « comprend ou réfléchit vite », et qu’il dispose d’une capacité importante à « traiter de l’information ».

Une approche scientifique

L’intelligence est bien entendue étudiée de manière plus scientifique. La psychologie, depuis le début du XXè siècle, commence à explorer le domaine de manière rigoureuse, à l’aide de la psychométrie, qui est la branche de la psychologie s’appuyant sur des tests normalisés. Plus récemment, l’imagerie cérébrale et les neurosciences ont permis d’avancer encore sur notre compréhension du sujet.

S’il n’existe pas de définition unique, ni de source unique, il existe un consensus sur le fait que :

  • L’intelligence recouvre plusieurs fonctions cognitives différentes.
  • Les différentes formes d’intelligence sont diversement corrélées entre elle : quelqu’un d’intelligent ne l’est pas forcément dans tous les domaines.
  • Il est possible de mesurer objectivement ces intelligences.
  • Les fonctions cognitives participent à la « résolution de problèmes » au sens large.
  • En revanche, aucun test actuel ne permet de mesurer l’ensemble des formes d’intelligence.

Le modèle le plus souvent retenu aujourd’hui concernant ces différentes formes d’intelligence est celui de Cattell-Horn-Carroll (CHC). Les deux premiers sont, dans les années 40, les inventeurs du concept d’intelligence fluide et d’intelligence cristallisé, qui sera par la suite, comme on va le voir, intégré dans le modèle CHC. Le troisième réalise une énorme synthèse des travaux pour parvenir dans les années 1990 à un modèle de l’intelligence complémentaire.

La synthèse de ces deux visions aboutit (en 1997-98) à une description scientifique des fonctions cognitives caractéristiques de ce qu’on qualifie d’intelligence.

Le modèle Cattell-Horn-Carroll

Bien que le nombre de fonctions cognitives puisse varier en fonction des publications, on en retient généralement 8 principales.

Le traitement de l’information

L’intelligence fluide

Notée Gf, cette fonction cognitive désigne la capacité à former des raisonnements logiques, face à des situations nouvelles. Elle ne mobilise pas de connaissance, mais s’appuie sur une analyse de la situation, pour en extraire les relations et les logiques sous-jacentes.

C’est à l’aide de cette intelligence que nous résolvons les problèmes purement logiques, ou réalisons des démonstrations mathématiques ou plus généralement scientifiques.

Bien sûr, ne soyons pas naïfs, aucun raisonnement n’est jamais complètement indépendant de connaissances acquises préalablement (comme, par exemple, un théorème clé en Mathématiques). Mais avec ce type d’intelligence et pour résoudre certaines classes de problème, les connaissances ne vont pas jouer un rôle central.

La mémoire à court-terme

Comment raisonner si l’on ne souvient pas des différents éléments d’un problème, si on n’arrive pas à les stocker en même temps dans son cerveau, pour pouvoir jouer avec ?

C’est ce que mesure la mémoire court-terme, notée Gsm (pour short memory). Cette capacité cognitive permet de fournir au sujet les briques de bases à partir desquels il va pouvoir travailler.

Si on donne à la plupart des personnes une liste de 5 chiffres ou 5 lettres, il leur sera facile de la réciter quelques secondes plus tard. Mais le même exercice avec plus de 7 éléments est tout de suite sensiblement plus difficile.

Dans la vie de tous les jours, cette fonction est par exemple utilisée pour réciter immédiatement un numéro de téléphone qu’on vient d’entendre.

L’utilisation des connaissances

L’intelligence cristallisée

Notée Gc, l’intelligence cristallisée mesure l’importance et la profondeur des connaissances acquises, de manière théorique ou via l’expérience.

Cette fonction cognitive est visible dans le niveau de vocabulaire d’une personne, dans sa capacité à aborder un vaste éventail de sujets ou dans la mobilisation d’une importante culture générale.

Elle ne se limite pas au simple fait de stocker des informations : elle désigne aussi la capacité à former des liens logiques entre elles, comme les mailles d’un filet relié à ses voisins.

Cette intelligence est qualifiée de « cristallisée » car elle est matérialisée par des connaissances accumulées au fur et à mesure de l’expérience : elle s’appuie sur les faits pertinents stockés dans notre cerveau.

Les deux formes d’intelligence, Gf et Gc sont bien entendus souvent corrélées entre elles, mais les scientifiques considèrent bien souvent que l’intelligence fluide comporte une part importante d’inné, tant que l’intelligence cristallisée doit se construire sur de l’acquis.

De manière intéressante, des études 1 ont permis de montrer que si Gc est trop importante (par exemple qu’au cours des études on a trop instillé les mêmes méthodologiques, à tel point que la résolution de problème n’est plus une compétence mais un savoir), alors Gf va diminuer. C’est aussi pour cela qu’il est intéressant de consulter des experts de domaine différents du sien : ils vont pouvoir mobiliser leur intelligence fluide sans s’appuyer sur l’intelligence cristallisée associée au domaine, et ainsi ouvrir de nouveaux horizons.

La mobilisation des connaissances mathématiques

De nombreuses études montrent que le stockage des connaissances mathématiques et leur utilisation, sont traités, au niveau neurologique, de manière très différente de l’utilisation des autres connaissances. Une fonction cognitive spécifique, Gq, a donc été identifiée.

La capacité de rappel

Pour pouvoir articuler un raisonnement sur la base de connaissances préalables, il est critique… de stocker ces nouvelles informations et de les retrouver au besoin. C’est la fonction cognitive capacité de rappel ou Gr (parfois désigné par Glr pour long range).

C’est grâce à des fonctions cognitives qu’une personne ajoute de nouvelles connaissances ou les mobilise les anciennes connaissances. C’est la capacité à alimenter l’intelligence cristallisée, à utiliser son contenu ou, pour reprendre l’analogie citée au-dessus, à rajouter de nouveaux nœuds au filet.

Une personne peut avoir une très bonne mémoire, mais rencontrer une vraie difficulté à faire rentrer les nouvelles informations dans sa mémoire. Elle aura donc une Gc développée, mais des difficultés avec la Gr.

La vitesse de traitement

La vitesse de traitement est la fonction cognitive (Gs pour speed) caractéristique du traitement rapide et fluide de tâches simple et répétitive.

Les intelligence Gf (intelligence fluide) et Gc (intelligence cristallisées) étaient particulièrement importantes dans l’acquisition et le traitement de la connaissance. Cette fonction cognitive va être cruciale dans la vitesse d’exécution d’une tâche bien connue.

La perception du monde extérieur

Les deux derniers types d’intelligence (ou de fonction cognitive) concernent les perceptions sensorielles : le traitement visuel (Gv) et le traitement auditif (Ga). Certains auteurs y ajoutent le traitement gustatif, du toucher et de la proprioception, mais ils sont de moindre importance.

Le traitement visuel

Le traitement visuel est la capacité de percevoir, d’analyser, de synthétiser et de penser en s’appuyant sur des symboles visuels, utilisée afin de résoudre des problèmes. Il s’agit de « penser en image ».

C’est, par exemple, une compétence utilisée lorsqu’on cherche à optimiser la manière dont des valises vont pouvoir être rangées dans un coffre. Le cerveau analyse ainsi les paramètres spatiaux pour proposer une solution adéquate.

Les peintres, les dessinateurs ou les pilotes d’avions utilisent fréquemment cette fonction, de même que les chirurgiens.

Au niveau neurologique, ce sont les fonctions « supérieures » du cortex visuel qui sont utilisées : le raisonnement a lieu sur des objets cérébraux dont le niveau d’abstraction est élevé.

Le traitement auditif

Le traitement auditif est la capacité de percevoir, d’analyser, de synthétiser et de discriminer des stimuli auditifs.

Néanmoins, bien que cette fonction s’appuie sur des informations sensorielles, elle en est un traitement indépendant, qui peut avoir lieu bien après que la perception auditive ait eu lieu.

Elle consiste par exemple en la capacité à séparer la parole du bruit ambiant, à discriminer les phonèmes, à mémoire les caractéristiques auditives (voix, tons…) ou encore à avoir le sens du rythme.

Conclusion

On le voit, les fonctions cognitives associées à l’intelligence sont bien plus larges et bien plus détaillées que l’acception usuelle du mot.

Il faut d’ailleurs noter que chacune des fonctions présentées ci-dessous est elle-même découpées en de nombreuses sous-fonctions, démontrant s’il en est besoin à quel point le traitement des informations est complexe.

En synthèse, si je devais retenir résumer en quelques phrases les caractéristiques de l’intelligence telle qu’analysée scientifiquement en s’appuyant sur le modèle CHC, je mentionnerais qu’elle s’appuie sur :

  • La capacité à raisonner logiquement (Gf)
  • La capacité à retenir des éléments à court-terme (Gsm)
  • La capacité à stocker des informations pertinentes, à les mobiliser (Gc, Glr, Gq) et à construire des raisonnements adéquats.
  • La vitesse de traitement des tâches connues (Gs)
  • La capacité à mobiliser les informations sensorielles visuelles et auditifs pour analyser les perceptions.

Parmi ces fonctions cognitives, seules quelques-unes sont évaluées par les tests « classiques de QI », comme le WAIS IV (Gf, Gsm, Gc, Gs).

Enfin, il convient de noter qu’on n’a parlé ici que des fonctions cognitives, mais qu’il existe de nombreuses autres capacités qui ne sont pas mentionnées et qui pourtant jouent un rôle très important, car l’homme est avant un animal complexe. Howard Earl Gardner (psychologue du développement né en 1943) ajoute donc d’autres types :

  1. intelligence kinesthésique (capicité à utiliser son corps)
  2. intelligence interpersonnelle (empathie, adaptation à l’autre, capacité à générer des solutions collectives favorables à toutes les parties),
  3. intelligence intrapersonnelle (capacité à analyser ses propres mécanismes et à décrypter ses propres émotions : c’est la connaissance de soi)
  4. intelligence naturaliste (sensibilité à ce qui est vivant et capacité à comprendre l’environnement dans lequel l’homme évolue)

A l’exception du premier (intelligence kinesthésique), ces intelligences ne me semblent pas de la même nature que celles décrites dans cet article. Il s’agit moins de capacités cognitives que d’un ensemble de traitement plus complexe et plus « haut niveau », s’appuie sur d’autres mécanismes moins orientés vers la « résolution de problèmes ».

Notes


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